Qui peut dire ce qu’est la vie qui nous anime ? Distincte de notre corps physique, cette compagne qui nous habite depuis notre naissance jusqu’à notre mort, a pris au fil du temps et au gré des civilisations, des acceptions diverses. Mouvement s’opposant à l’inertie de la mort, souffle d’un dieu créateur, force formatrice capable de s’organiser et de se reproduire, mode d’organisation de la matière, autant de façons de la concevoir qui témoignent de la difficulté de définir cette complice pourtant destinée à nous quitter un jour, emportant avec elle tout ce que nous étions.

La vie...
en trois mouvements

C’est dans la Grèce antique que l’on pense aujourd’hui trouver ses origines. Toutes les tentatives de la qualifier puisent dans cette terre mère leur nourriture commune, cette force en action qui se dit "Enérgeia". Il nous vient à l’esprit le mouvement de transformation incessant qui engendre la diversité du monde à partir d’une indifférenciation originelle, la continuité et la fluidité qui relient tous les niveaux du vivant, la possibilité d’une évolution vers une unité spirituelle avec l’univers dans sa totalité.

Mais définir la vie lorsque l’on est vivant, c’est vouloir exister avant que d’être être là et le terme à la mode censé la définir s’inscrit dans cette démarche et vient la renforcer. Le Soi clos sur lui-même ne peut la concevoir que par opposition à son contraire la mort. Il aimerait pourtant cerner ce phénomène dont il est bien en peine de donner la mesure et qui, le précédant, échappe à son emprise.

Ce n’est pas en lui-même qu’il trouvera les moyens d’atteindre et de saisir cette vie qui se dérobe à sa compréhension et à sa volonté. Le savoir de la vie, celle qui est par elle-même, ce savoir est en l’Autre, celui pour qui la vie est une grande inconnue. Et lui seul est capable d’offrir un face à face avec cette étrangère qui n’a nullement besoin de se voir en miroir pour être ce qu’elle est.

Cet Autre que la vie, que donne t’il à voir, qui peut nous éclairer sur ce qui fait la vie, sur ce qui s’en distingue ? Regardons la machine : pourquoi fonctionne-t-elle alors que nous vivons ? Quel que soit son usage, la machine ne marche que si ses composants obéissent à des règles conçues et mises en œuvre pour atteindre un même but. Elle cesse de fonctionner si l'une de ses parties se détache de l’ensemble et devient un obstacle à l’objectif commun. Et si l’on dit alors qu’elle est en fin de vie, cette tournure de phrase ne fait que souligner l’abîme qui la sépare de ce qui fait l’humain.

La vie peut se permettre les contradictions qui grippent la machine, la cassent, la paralysent. Ce qui est machinal n’est que répétition, la vie est imprévu, invention, nouveauté. Elle est ce qui surgit de cet antagonisme entre forces contraires qui trouvent au cœur même de leur opposition le moyen de s’entendre.

Le choix qui s’offre à nous est d’être et d’accepter cet équilibre instable qui se tient puis se perd et enfin se retrouve, ou de nous enfermer dans le cercle infernal de l’éternel retour. Avec ses paradoxes et ses contradictions la vie attise en nous le désir de quitter l’impasse où nous conduit cette façon d’être Soi, toujours à l’identique, moins homme que machine, pour faire le premier pas sur un chemin qui s’ouvre devant l’inconnu, vers l'Humain responsable qui dort au fond de nous.

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L’homme est un être hybride, un être de couleur mélangé d’outre-mer, d’or et de vermillon. La sagesse populaire le sait depuis toujours, qui parle de la tête, du cœur et des tripes pour dire ce métissage, rejoignant ce faisant les grands enseignements que l’on dit spirituels, qui de maître à disciples transmettent la connaissance de ce précieux alliage qu’est la nature humaine.

Nos sciences les plus récentes les ont enfin rejoints pour accepter l’idée que coexistent en l’homme 3 domaines distincts, celui de la pensée, celui de l’émotion et celui de l’action, chacun correspondant à une aire cérébrale séparée des deux autres, avec sa propre histoire, son mode de fonctionnement et ses motivations.

Le cerveau triunique fait son apparition en neurobiologie dans les années 60 et 3 cerveaux… en un, 3 états, 3 étapes colonisent notre tête. Toute l’architecture du système nerveux est vue comme le reflet de notre évolution, chaque homme y est perçu comme le représentant de l'histoire de la vie, depuis son émergence jusqu’à l’apparition des tout premiers primates.

Trois cerveaux bien distincts habitent donc notre crâne, le cerveau reptilien, le système limbique et le néocortex. Le premier, le plus vieux, est le siège de l’instinct. Le second, plus récent, gère nos sentiments. Le dernier, le plus jeune, est le lieu des activités les plus élaborées et proprement humaines. Sur cette terre commune naissent 3 grandes familles que décrit et distingue une façon d’être en vie, dominée par l’instinct, l’intellect ou l’affect.

Nous sommes la rencontre, sans cesse renouvelée, de ce qui nous advient au cours de notre vie et des capacités que nous avons en propre ou dont nous héritons. Cette rencontre est unique et tout autour de nous, nous pouvons constater que chaque individu est un monde à lui seul. Mais il est difficile de ne pas reconnaître que de cette multitude se dégagent des tendances qui sont très peu nombreuses, comme si nous étions tous issus d’une même souche aux ramifications de plus en plus variées et de plus en plus fines.

Car s’il se teinte de rouge, de bleu ou bien de jaune, le Soi ne se laisse pas découper en morceaux, il est fait de mental, d’instinct et d’émotion et peut être impulsif, cérébral, émotif. Il est bien difficile de faire la part des choses et de rendre à chacun ce qui lui appartient, à l’instinct le vouloir, au mental les idées et au cœur l’émotion. Le cerveau triunique, avec son cloisonnement, ne fait plus consensus et a cédé la place à une conception où les aires cérébrales peuvent interagir, conservant cependant une part d’autonomie.

La vie...
en trois étapes

Si tout le monde s’accorde pour dire que notre tête abrite nos pensées, il paraît surprenant de doter l’émotion ou bien encore l’instinct, de cette intelligence que nous considérons être en rapport étroit avec notre cerveau. Des études récentes reconnaissent pourtant que le cœur et le ventre sont aussi compétents, chacun à sa façon, que l’est notre mental. Ces trois intelligences se parlent et se comprennent, chacune intervenant dans le domaine de l’autre.

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L’Ennéagramme connaît cette différence première, celle d’avant le Soi, qui décompose en 3 la force de la vie. Parmi les regroupements qui rapprochent ou éloignent les 9 ennéatypes qui occupent son pourtour, en est l’illustration celui qui réunit un sommet du triangle que l’on dit central, et ses plus proches voisins, les deux ennéatypes situés l’un sur sa droite et l’autre sur sa gauche. Les 3 représentants de cette communauté ont pour affinité d’être déterminés par la même énergie qui les prend et les pousse dans sa direction.

Trois triades, trois couleurs, qui chacune témoignent d’un certain style de vie. La puissance de l’instinct explose dans le rouge, colorant de violence la triade 8-9-1, la sagesse du mental s’expose dans le bleu, nuançant de prudence la triade 5-6-7, la chaleur du sentir rayonne dans le jaune, inondant de lumière la triade 2-3-4. Mais bien que réunis sous une même bannière, ces 3 ennéatypes se distinguent entre eux, vivant et exprimant cette force essentielle d’une façon spécifique. Et c’est leur situation autour des 3 sommets du triangle central qui nous montre comment chacun d’eux l’utilise.

C’est dans les années 20 que Jung définit les deux familles d’esprit que nous connaissons tous et qu’il va qualifier l’une d’introversion, l’autre d’extraversion. Face à l’autre que soi, deux types de réaction s’opposent en effet pour former les limites d’une échelle de valeur où la place de l’objet perçu par le sujet dépend de l’attention que celui-ci lui porte. En situant le sujet au-dessus de l'objet le type introverti dit son désintérêt pour le monde extérieur. Le type extraverti, qui accorde à l’objet une valeur supérieure à celle du sujet, privilégie surtout le contact et le lien, se préoccupant moins de sa vie intérieure que de ce qui l’entoure.

Les 3 ennéatypes qui forment les sommets du triangle central représentent l’harmonie de ces deux attitudes, l’équilibre intérieur étant un idéal très vite compromis par la prédominance de lune de ces tendances. Le type extraverti se trouve sur leur droite, le type introverti se situant sur leur gauche. Les 3 ennéatypes tournés vers l’extérieur sont très emblématiques de cette manière d’être qui, dans l’Autre que Soi, voit une proie à saisir. Et c’est comme un danger que les ennéatypes orientés vers eux-mêmes le perçoivent et le craignent. L’attirance pour le monde et le repli sur soi ne sont cependant pas les seules réponses possibles aux sollicitations du monde qui nous entoure, ni l’unique manière d’investir l’énergie qui nous maintient en vie.

Trois façons d'être
...un Soi

Défendre et protéger, ou frapper le premier est une réaction que le Soi peut avoir s’il se sent menacé dans son existence même. Considérer que l’Autre, par sa seule présence, est un risque de mort, est une altération du tout premier regard dont chaque ennéatype hérite d’un neuvième. Cette vision primordiale, si elle est retrouvée, permet d’aborder l’Autre sans aucune inquiétude. Ce que c’est qu’être Soi, quelle place occuper et comment être en lien sans que soit mis en cause ce qui fait l’un et l’autre, s’apprend, se réapprend lors de chaque rencontre quand peuvent se faire face deux visions singulières de la réalité. Entrer en relation avec l’Autre que soi, c’est être au carrefour d’appartenances multiples et pourtant accepter cette approche spécifique qu'un seul ennéatype incarne et représente.

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