Qui peut dire aujourd’hui ce qu’est la personnalité qui nous définit ? Nous nous identifions à ce qu’elle représente et signifie pour nous mais il est difficile de dire précisément ce que ce mot désigne. La notion est complexe et le terme lui-même revêt des sens divers que nous utilisons sans nous interroger sur la réalité qu’ils peuvent recouvrir. La personnalité n’est pas le caractère dont elle se rapproche par sa plasticité, ni le tempérament auquel l’apparente sa stabilité. Elle dépend du milieu et de l’apprentissage mais aussi de données biologiques et durables. On peut l’envisager comme le lieu de rencontre de traits héréditaires et de dispositions acquises et développées lors des apprentissages qui viennent moduler ces facteurs génétiques.

De la personne...
à la personnalité.

On peut la rattacher à un individu, qu’elle singularise et distingue des autres. Elle se décline alors en autant d’exemplaires qu’il existe d’humains. Proche de l’identité, qui la soutient et qu’elle exprime, elle est ce qui fait de nous tous des êtres particuliers. Mais elle peut être aussi une totalité formé d’individus que rassemblent et unissent des qualités communes. Elle s’expose alors en autant de variantes qu’il existe d’écoles de psychologie et les populations qu’elle permet de créer se font et se défont en fonction des critères de ceux qui l’étudient.

Quelle que soit la façon, érudite ou commune, dont elle est approchée, la personnalité est perçue comme étant pour tout sujet conscient l’élément invariant qui l’autorise à être tout au long de sa vie une entité unique, permanente et centrée, qui est le cœur du Soi.

Grâce à son dynamisme naissent, s’épanouissent et meurent toutes les relations que nous pouvons nouer avec le Soi de l’Autre, vibre et se fortifie l’union indéfectible qui lie le Soi au soi. Sur sa stabilité s’installe notre confiance en ce miroir fidèle qu’elle est à tout moment, où il nous est possible de nous retrouver et de nous reconnaître en nous sachant capables de nous adapter.

Alliance réussie entre l’acceptation de contraintes intérieures et la capacité à répondre librement à ce qui se présente, elle permet de prédire, au vu des circonstances, ce que sera l’action. Au carrefour de l’identité, du caractère et du tempérament, fille de l’inné et de l’acquis, hybride de physiologie et de psychologie, elle façonne le regard que l’un porte sur l’autre, et que pose sur lui-même cet autre que nous sommes vis-à-vis de nous–mêmes.

Mais en faisant le lien entre le Soi et l’Autre, elle fait aussi obstacle à une perception réaliste des choses, glissant entre ce qui est vu celui qui perçoit toutes les déformations que reflète le Soi. La prise de conscience que notre point de vue est une altération de la réalité, est le tout premier pas sur ce chemin ardu qui va de l’illusion à la transformation. Porté par le désir de changer son regard, cet engagement dévoile la mise en scène du Soi.

Mise en scène dont témoignent les origines grecques du terme «Persona», qui désigne le masque de théâtre antique que portait tout acteur. La personnalité est à la fois bien plus que le beau personnage qu’elle présente au regard, bien moins que la personne qu’elle abrite et qu’elle cache. En permettant au Soi de se mettre à distance de lui-même et des autres, elle lui ouvre un espace où pourra se glisser une interrogation, une mise en question du jeu de rôles du Soi qui se perd à ses yeux en se donnant à voir.

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Depuis toujours l’homme analyse, dissèque et dissocie pour ensuite rassembler, rapproche et réunit pour enfin distinguer. Deux tendances, deux démarches, deux façons qu’a l’esprit d’approcher le réel, qui semblent inséparables de la nature humaine. Au besoin de trier, de classer, d’ordonner pour mieux s’approprier l’ensemble des objets qui passent à portée, fait écho l’intérêt, qui va toujours croissant, pour les nombreux outils permettant d’étudier la personnalité. Intérêt sous-tendu par une certitude, celle que le Soi et l’Autre vont toujours de concert, que mieux connaître l’un, c’est s’approcher de l’autre ; intérêt conforté par une constatation, celle de l’existence de quelques grandes familles, types ou tempéraments, qu’exprime la multitude des comportements ; intérêt maintenu par la nécessité d’avoir une image stable, cohérente et durable de soi-même et des autres, que l’élaboration d’instruments de ce genre permet de se forger.

Quels que soient les critères sur lesquels elles se fondent, toutes les typologies qui prennent pour objet la personnalité s’attachent à la défaire, afin de dégager un ensemble de traits qu’elles réunissent ensuite pour former quelques types, dimensions ou facteurs, dont l’ensemble construit un modèle théorique censé représenter, l’ensemble des possibles. Elément le plus fin avec lequel s’achève la taille de l’étoffe dans laquelle se découpe la personnalité, le trait se développe le long d’une ligne droite dont les valeurs extrêmes s’opposent et se complètent. Sur ce continuum il paraît impensable d’échouer à trouver un point où se fixer, une valeur que mesure sa distance aux deux pôles. Si le trait se rattache, par son intensité, à un individu, le type se rapporte à un groupe de personnes et rassemble les traits que l’on peut réunir sous une qualité dont ils viennent préciser la généralité.

L’Ennéagramme n’est pas un outil parmi d’autres, qui viendrait ajouter aux méthodes existantes sa façon d’approcher et donc de définir la personnalité. S’il est effectivement une mise en scène du Soi offrant à 9 acteurs, ses 9 ennéatypes, un rôle à leur mesure, il est également chacun des personnages de la pièce que répètent ces 9 protagonistes. Il nous expose ainsi 9 façons d’être soi, qu’il nous présente aussi comme les 9 qualités qui composent ce même soi.

En signifiant le Soi et l’une de ses facettes, les 9 ennéatypes apparaissent comme le lieu où une totalité éclate sans se perdre, s’éparpille en fragments dont chacun la reflète dans son entièreté. En ce lieu de bascule de l’un vers le multiple, de la partie au tout, se dit la perfection et la fragilité d’un Soi clos sur lui-même et sans cesse menacé de désagrégation.

De la personnalité...
à l'ennéatype

En ouvrant ce passage entre deux univers, le monde qui dissocie et celui qui rassemble, celui qui crée des liens et celui qui isole, l’ennéatype apporte à cette figure plane que reste l’Ennéagramme des personnalités, une dimension nouvelle, celle de la hauteur.

En offrant à chacun la possibilité d’appréhender le Soi dans sa globalité et dans tous ses détails, de comprendre la force et la nature des liens qui vont du Soi à l’Autre, d’approcher toujours plus cette connaissance de soi qui rapproche de l’Autre, il appelle à gravir un chemin spirituel et devient le symbole de cette progression dont le plus bas degré est la clôture sur Soi et le plus élevé, l’acceptation de l’Autre.

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Le Soi pose sur le monde un regard parmi 9. L’Ennéagramme présente ces 9 façons de voir dont l’unification donnerait le reflet de la réalité non encore divisée et qui séparément, approchent le réel avec leur point de vue. C’est sur ce fractionnement que le Soi se construit, sur cet ennéatype qui peut être l’ensemble ou l’une de ses parties, qui tout en divisant, invite à unifier ou qui démultiplie ce qu’il a regroupé.

C’est dire que lui aussi peut se dissocier en 9 petits fragments sur tout l’Ennéagramme ou bien se reconnaitre en un seul d’entre eux. C’est dire que sa structure et tout son développement suivent l’orientation qui lui est imposée et qui nous est donnée par une vision du monde, que résume en un mot la qualité nommée par son ennéatype auquel le rattache un lien indéfectible. Mais cette relation qui d’habitude se dit, s’entend et se comprend sur le mode possessif, doit être repensée car c’est l'ennéatype que le Soi voit à tort comme sa propriété, qui le tient et le suit sans jamais le lâcher.

Mais le Soi est un ogre que rien ne rassasie, qui dévore sans vergogne tout ce qu’il peut saisir. Ainsi l’être et l’avoir marchent main dans la main, l’être vit de l’avoir qui, en le nourrissant, entretient ce désir de tout s’approprier. L’idée qu’ils s’affronteraient en une lutte perpétuelle dont l’issue souhaitable serait une victoire de l’être sur l’avoir, est une des illusions dont le Soi tire profit pour nourrir cette faim qu’il ne peut apaiser.

Le Soi aime à se voir mais pour pouvoir se voir, il lui faut être vu. Ce qu’il perçoit de lui se dessine hors de lui, dans le regard de l’Autre et aussi dans celui qu’il pose sur lui-même. Mais tant que la survie impose d’acquérir, le contact à distance qui se crée dans le Voir entre le Soi et l’Autre, entre le Soi et soi, devient une tentative de prendre sans toucher.

Cette façon de vivre en prenant possession, déforme le regard dont il a hérité et son image-miroir lui revient altérée par son éloignement de la réalité. S’éloigner du réel ne coupe pas les liens que le Soi a noués avec ce qui l’entoure ; avec huit qualités qui sont huit autres Soi ou bien avec lui-même puisqu’il les contient toutes, selon qu’il se concentre sur un ennéatype ou selon qu’il s’émiette sur tout l’Ennéagramme. La distance qui sépare l’Autre que Soi du Soi et le Soi de lui-même, mesure la nature, la force et l’importance des liens qui réunissent ces 9 protagonistes. Aucun ennéatype n’est étranger aux autres, qu’ils soient proches ou lointains, cette proximité et cet éloignement étant tout relatifs à la place de chacun.

De l’ennéatype
… au Soi

Cette place est le reflet de l’unité du Soi et des appartenances diverses et multiples dont il est composé. De celle qui fait de lui un membre parmi trois de l’une des trois triades de l’Ennéagramme, il hérite sa force, elle-même associée à une manière d’être. Si l’une prédomine, marquant de son empreinte sa façon de se vivre et sa façon de vivre, toutes trois coexistent pour ne faire qu’un seul Soi. A la force animale qui assure la survie doit être rapportée celle qui pousse le Soi à Être essentiellement. Être ne suffit pas mais est indispensable pour ouvrir un espace où le Soi se situe. A la force mentale revient de mettre en place un Chez Soi habitable pour que puisse s’instaurer la relation à l’Autre. De cette orientation vers le monde extérieur naît la peur de se perdre, et c’est à l’émotion qu’incombe de rassurer et d’assurer au Soi une pérennité.

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